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Architecte et urbaniste, célèbre pour son engagement dans le développement durable, Philippe Madec travaille à la réalisation du projet Cœur de Ville. Il explique comment il voit notre ville et son développement.
Vivacité : Philippe Madec, pouvez-vous vous décrire à nos lecteurs votre parcours et vos réalisations ?
Avec Lionel Blancard de Léry et Renaud Broissand, nous sommes heureux de participer à ce moment historique qu’est le renforcement de l’attractivité du centre-ville. Quand un bourg change d’échelle, les enjeux ne sont pas qu’en périphérie ; tout développement repose la question du centre.
Mon métier d’architecte-urbaniste, depuis Paris et Rennes, mon enseignement à Lyon et mes livres sont nourris d’un fort engagement pour un développement durable et équitable, issu d’un héritage familial (étroite relation à la nature) et d’un apprentissage du développement durable dès 1991 quand j’enseignais à l’Université d’Harvard. Le métier d’urbaniste m’a porté vers les métropoles (Paris, Montréal, Rome), les bourgs (Plourin-Lès-Morlaix, Bailly-Armonvilliers ou Rocamadour), les communes de la taille de Montlouis-sur-Loire (Saint-Pol-de-Léon, Pacé ou Dinan).
Vivacité : Comment ressentez-vous la ville de Montlouis-sur-Loire ?
Les premiers moments sont décisifs même s’ils ne livrent pas tout. Ce qui surgit est plus humain que matériel. Une sorte de force ancienne née d’une activité humaine qui pérennise l’accord de l’homme et de son sol, le vin, et une pierre tendre et accueillante. Je ressens aussi la culture vivante et l’ouverture au monde, la musique accompagnant le tout, et perçois une vraie envie de projet d’aujourd’hui pour une cité et un territoire ensemble de longue date.
Vivacité : Une ville est-elle toujours différente ? Et si oui, quelles sont les particularités de la nôtre ?
Les villes diffèrent toutes. Les gens, climats, géographies, histoires et cultures changent d’un lieu à l’autre. Ici, la relation à la Loire prédomine, l’étirement de Montlouis-sur Loire vraiment, de tout son long. Puis l’installation du centre, pas au centre, au bord du plateau, quand l’espace bascule vers le Nord. Vient l’exiguïté de cet espace proprement montlouisien, encore rétréci par l’envahissement automobile. Puis le mur, l’enclos qui lie le jardin et la rue. Et une lumière douce, pourtant blanche. Les parcelles étroites et profondes, les hameaux linéaires dans la vigne.
Vivacité : Pouvez-vous nous esquisser votre vision du Cœur de ville ?
Un projet urbain est un projet de vie avant de devenir une forme ; il naît de l’écoute, du dialogue et de propositions mises en débat, jusqu’à l’accord. Il vient des ententes antérieures à notre venue, de celles à venir. La croissance d’une commune nécessite d’ouvrir en son centre des lieux publics capables d’accueillir pratiquement et symboliquement la nouvelle communauté. La future place du centre, à la bonne échelle, possède son lieu : la cour de l’école quand celle-ci aura gagné son autre lieu. Il manque un endroit. Un jardin public. Nous le proposons.
Vivacité : Expert en développement durable, pouvez-vous nous dire à quoi ressemblera la ville de l’avenir ?
L’humanité toute entière, Montlouisiens compris, fait face à une double condition : le dérèglement climatique et la crise de l’énergie. Tout projet doit tenir compte de cette situation, sans quoi il est obsolète avant même d’exister. Pour y répondre, la ville de demain sera une ville de la proximité, où ses habitants trouveront au quotidien, à portée de mains, ce dont ils ont besoin pour vivre décemment. Elle aura à être une ville de l’équité, où par la mixité sociale, générationnelle et fonctionnelle, les ségrégations seront mises à mal. Elle sera économe de son sol, moins étendue. Bien que plus dense, elle préservera les éléments de nature, l’importance du végétal répondra à l’importance du bâti.
Vivacité : La démarche entreprise pour Cœur de ville répond-elle à ces exigences en matière d’énergie et de développement durable ?
La volonté municipale de viser le label “Villa Urbaine Durable” du Ministère de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables, et son obtention manifestent qu’avant notre venue, la démarche y répondait. Le PADD (Plan d’aménagement de développement durable) l’annonçait. Notre équipe est formée en ce sens. Elle comprend aussi un paysagiste, Eric François, un conseil en développement durable de référence en France, Tribu, et un bureau d’études techniques, VRD. Nous poursuivrons par un développement des voies piétons/cycles, un programme mixte : commerce, équipements social et culturel et différents types de logements, une réduction des surfaces imperméables, une gestion alternative des eaux de pluie, une plantation abondante, une orientation adéquate du bâti, une conception architecturale de haute qualité environnementale, mais aussi des manières durables : dialogue, respect du lieu et de la culture, mise en œuvre de filières locales…
Document à télécharger:
- le plan du futur quartier Cœur de ville
- le Projet coeur-de-ville.pdf
